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Shiina Ringo – Sanmon Gossip

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Shiina Ringo – Sanmon Gossip

Six ans d’attente. Sur l’échelle mondiale, c’est déjà long. Sur l’échelle japonaise, on touche au temps géologique. Et c’est pourtant le temps qui s’est écoulé entre la sortie de Kalk Samen Kuri no Hana, pièce grandiose, et ce Sanmon Gossip. Six ans pendant lesquels Shiina Ringo s’est plus (les deux premiers albums de Tokyo Jihen) ou moins (l’arnaque Heisei Fuuzoku, le médiocre Variety) torturé la créativité, a changé de voix, de maquilleur et de lèvres. Après un Ariamaru Tori (sous-estimé) jugé alimentaire  parce qu’il était thème d’un drama -ce qui n’est que justice-, Sanmon Gossip est un peu jugé comme l’album-vérité qui vient sceller l’opinion du moment sur Shiina Ringo.

Shiina Ringo Sanmon GossipIl y a dix ans, la pop à idols et la dance acclimatée envahissaient les disquaires japonais, pendant ce temps, Shiina Ringo se payaient le luxe de solides albums joliment décorés de rock millionaire. Aujourd’hui, les KAT-TUN, Ayumi Hamasaki et Kumi Koda se prennent pour Led Zeppelin, il est donc logique que Shiina Ringo s’offre une nouvelle incarnation lippue et se pose en chanteuse de mood songs, musique dont elle se revendique. Sanmon Gossip est donc logiquement son album le plus pop, pour lequel elle s’offre aux bons soins d’arrangeurs divers chargés d’habiller ses nouvelles compositions. On retrouve donc du beau monde sur cet album : l’indispensable HZM, Soil & « Pimp » Sessions, l’innénarrable Neko Saito, Katsuhisa Hattori … Le résultat est donc un album pop aux teintes chaudes, jazzy et funky, globalement plaisant, classe et homogène sans être ennuyeux.

Sans atteindre le niveau du précédent album, probablement indépassable par l’artiste, qui n’en a d’ailleurs ni l’ambition ni l’envie, on trouve sur ce Sanmon Gossip trois morceaux de bravoure. Tsugô no Ii Karada, hymne dyonisaque à mi-chemin entre Bizet et Walt Disney n’en finit pas d’exploser en rafales de cuivres enjoués, majestueux et grotesques à la fois. Si l’on excepte l’exécrable reprise en piste bonus de l’increvable Marunouchi SADISTIC en piste bonus, grossièrement arrangée par Ukigumo, le second guitariste de Tokyo Jihen, l’album se clôt d’une bien belle manière sur deux morceaux mémorables. Bonsai Hada privilégie un accompagnement sobre à l’accordéon uniquement pour mieux distiller un désespoir suintant tant et si bien qu’on se croirait revenus en 1999, tandis qu’un Yokyou pop vocalement impeccable mené à la guitare électrique et tambourin battant conclut l’album de manière entraînante. Enfin, même longtemps après, Karisome Otome reste un morceau excellent shooté à l’adrénaline par les punks du jazz que sont les Soil & « Pimp » Sessions.

Shiina Ringo Sanmon Gossip2

Le reste est un ou deux crans en dessous, avec toutefois des mentions honorables pour Ryûkô, Rôdôsha et Mittei Monogatari, agréables dans une veine funky remuante aux accents parfois hip-hop. Mayakashi Yasaotoko est sans doute la goutte de trop, trop massive, trop jazzy-wannabe, mais n’a pas à rougir prise individuellement, tout comme la ballade Shun qui s’en sort juste en n’ayant rien de très remarquable, sinon son piano virtuose. On retiendra toutefois Futari-bocchi Jikan, comptine rétro naïve et grandiose qui ne plaira pas aux handicapés du second degré ou aux allergiques à Fred Astaire. En revanche, l’incursion électro-rock de Togatta Teguchi est parfaitement détestable, avec des riffs tout à fait laids qu’un fan de Nanase Aikawa pourrait bien trouver excitants. Enfin, Maru Chiten Kara et Irokoizara remplissent parfaitement leur rôle de bande-originale pour thé dansant d’octogénaires.

Quand même les autoproclamés grands gourous de la jpop en arrivent à exposer les mêmes griefs que les plus sensés concernant la qualité déficitaire de la musique japonaise actuelle (et passée), il est appréciable de pouvoir se fier à des artistes talentueux pour nous faire des albums tout simplement agréables. Le genre n’est pas révolutionnaire mais l’hybridation est globalement réussie, la greffe a pris et permet finalement de patienter tranquillement, en pleine digestion, jusqu’à la prochaine révolution.

sanmon_gossipTitre : 三文ゴシップ (Sanmon Gossip)
Date de sortie : 24 juin 2009
Label : EMI Music Japan/Virgin Music

  1. très bonne critique, j’ai reconnus ton style en 2 phrases (lol qu’est ce que tu fais là ??). Je suis assez d’accord sur l’album et sur les meilleurs titres et sur le fait qu’elle n’arrivera jamais à surpasser son précédent album.

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